"Choisir la bonne ivresse (Source: Terre du Ciel, les fleurs du vivants)
L’homme est né pour l’ivresse. Quand j’étais jeune, je me répétais en boucle le petit
poème en prose de Baudelaire sur la nécessité de l’ivresse : « De vin, de poésie, ou de
vertu à votre guise mais enivrez-vous ! »
Que nous en soyons conscients ou non, cette recherche de l’ivresse motive tout ce que
nous faisons. La recherche du paradis perdu, la quête du Graal ou l’engagement mystique ; l’éblouissement dans les voyages, les sports extrêmes, les repas
gastronomiques ; ou plus prosaïquement, la course à l’argent, au pouvoir,
à la reconnaissance sociale ou le besoin d’amour ; la sexualité et l’alcool
ainsi que les addictions à la consommation – tout n’est que recherche
d’ivresse. Transcender l’ordinaire, le banal, le poussiéreux, pour un jaillissement
de plénitude qui, plus ou moins, nous comble – c’est cela que
tous nous voulons tous vraiment.
L’utilisation de la drogue n’est qu’une forme particulière – hélas, très destructrice
– de cette quête unique qui taraude le tréfonds de l’être humain.
Moins destructrices, toutes les autres approches sont néanmoins insatisfaisantes
et causes de souffrance. Alors, existe-t-il une « bonne ivresse »,
qui comble en permanence et sans effet secondaire ?
Toutes les traditions la pointent, l’indiquent, la nomment et décrivent des
chemins pour l’atteindre. Elle est dans la connaissance de soi, dans l’expérience
de sa nature essentielle, dans la reliance à la source de vie. C’est
là que se trouvent de façon illimitée l’amour et la connaissance, la paix et
la liberté. C’est là qu’est la source de la joie qui conduit à l’ivresse. C’est le
secret de la vie."